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Il leur reste 55 jours pour oser prononcer le mot culture

Pascale Ferran, réalisatrice du célébré Lady Chatterley interpellait les candidats lors de la dernière cérémonie des Césars en un magistral : "Il leur reste 55 jours pour oser prononcer le mot culture."

Télérama vient de consacrer un dossier à la place de la culture dans la campagne : chaque candidat dit sa cision de la culture, de la politique culturelle mais aussi ses propres goûts culturels. En bons héritiers de Louis XIV, nos différents présidents ont fait de leurs goûts la doctrine qui faisait souvent défaut à l'action culturelle publique. Certes, parfois pour le meilleur : sans Pompidou, pas de Beaubourg. Une bonne partie de l'establishment a tout fait pour torpiller le projet et lorsque Giscard l'inaugure du bout des lèvres, c'est parce que le projet était irréversible à la disparition de son prédecesseur. Giscard, fidèle à sa propre culture, très bourgeoise old style, sauva la gare d'Orsay qui devint un temple à la gloire des arts du XIXe siècle. Enfin, il fallut Chirac pour que les "arts premiers" retrouvent une place au Louvre. Mais c'est bien sûr Mitterrand, en bon florentin, qui imprima le plus durablement sa marque personnelle dans la politique culturelle au risque de laisser le Ministère, privé de son bon Jack, dans une crise durable d'identité.

Qu'on le déplore ou non, les institutions monarchisantes de la Ve République, et la culture politique nationale qui puise ses caractères originaux dans le temps long de l'interventionnisme étatique version François Ier, Louis XIV ou Louis-Philippe, font de la vision culturelle du président le principal moteur de l'action publique.

Mais les Français dans tout ça ?

On a longtemps regardé de notre hauteur culturelle le reste du monde, Etats-Unis en tête, en considérant que nous étaions un peuple fou de culture. L'exception culturelle, alors qu'on aurait du mal à en définir les contours, est un motif fort de consensus national. Mais dans les faits des pratiques culturelles comme la lecture, le théâtre, le cinéma, la musique, stagnent ou baissent irrémédiablement. La télé et internet, où la part culturelle reste à déterminer, sont devenues nos principales nourritures mentales. Peut-être Bové, dans sa croisade anti-malbouffe, se sentira-t-il impliqué ?

Récemment l'administration culturelle s'est félicitée du taux de fréquentation des bibliothèques (30 % : enquête Credoc 2006). Mais les pays anglo-saxon enregistrent depuis des décennies une fréquentation beaucoup plus importante, qui peut aller à 90 % dans les pays scandinaves.

Aujourd'hui, en plein débat présidentiel, personne ne parle de culture, comme s'il ne s'agissait pas d'un enjeu fondamental pour le changement que tous entendent conduire, comme si la Culture ne pouvait nous mobiliser et influencer nos votes. Les récentes rencontres de Télérama avec les différents candidaits nous fournissent une première explication. A la lecture des différentes propositions, on ne peut qu'être surpris de la proximité entre les différents candidats (à l'exception notable de Le Pen qui semble s'en battre l'oeil - sans mauvais jeu de mot). La politique culturelle ne se discute plus : la démocratisation de l'accès - dont on dénonce pourtant l'échec depuis 10 ans - reste le pilier de la doctrine de l'action publique, soutien à la création, diversité du tout culturel, éducation artistique à l'école pour les poncifs éculés de l'action culturelle.

Parallèlement, personne n'évoque la réforme du droit d'auteur, faite dans la plus grande confusion l'année dernière (loi DADVSI d'août 2006), et qui aujourd'hui non seulement ne garantit pas la juste rémunération de la création et la protection des oeuvresn mais bride la libre diffusion du savoir. C'est pourtant un des points à régler pour réaliser le vieil idéal de démocratisation.

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