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AnART : Histoire de l'art... du graff

"1992 : dans le Lot-et-Garonne, des souts effacent des peintures rupestres datant de 15 000 ans en croyant nettoyer des graffitis.

Le tag désigne une signature sous forme de pseudonyme. C'est la forme la plus répandue de graffiti, qu'on distingue du graff, peinture élaborée et plus ou moins complexe, réalisée à l'aide de bombes de peinture, de pinceaux, de pochoirs, plus proche techniquement et stylistiquement des formes picturales légitimes, et par là moins enclin au déni d'esthétique dont sont victimes ces différentes interventions graphiques.

Au départ, il s'agit de graphein, étymologie lointaine qui ne sait différencier l'écriture du dessin ou de la peinture. Pourtant, au-delà des différences techniques ou esthétiques, il y a bien concomitance entre ces différentes formes, concomittance de supports, de chronologie, de propagation, de rites, d'expériences ; parfois concomitance des différentes pratiques chez un même artiste. Ce n'est donc peut-être pas tant la prouesse formelle que les légitimateurs culturels ont tendance à lire à l'aune de canons esthétiques datés, parfois très académiques old style - qualité et maîtrise des techniques de représentation, références stylistiques aux jalons consacrés de l'histoire de l'art - que les parti pris qui commandent à ces actions graphiques. La modernité a mis en avant l'essence intentionnelle de l'art, le "beau" n'étant qu'un improbable résultat qui ne concerne déjà plus l'oeuvre.

- 30 000 ans, un adolescent circule d'un pas assuré dans les profondeurs de la grotte Chauvet.

Peindre sur des parois est une intention ancienne, même s'il est encore difficile aujourd'hui de connaître véritablement les motivations de ceux qui, il y a plus de 30 000 ans à Chauvet, plus de 15 000 à Lascaux, peignaient des animaux ou imprimaient leurs mains en couleur sur la roche. Lorsque les premières fresques d'animaux furent découvertes à Altamira en 1879, les chercheurs refusèrent catégoriquement de croire que ces représentations étaient l'oeuvre d'hommes du paléolithique et les attribuèrent à un génial artiste contemporain. Art et degré de civilisation, art et qualité des techniques de représentation, linéarité du progrès et de l'histoire de l'art, l'âge d'or de la peinture figurative de chevalet a eu beaucoup de mal à regarder pour ce qu'elles étaient ces formes fabriquées dans le plus profond des âges, les graffitis du paléolithique. S'ils n'ont pas de liens directs avec les graffitis qui apparaissent aux Etats-Unis puis en Europe dans la deuxième moitié du XXe siècle, leur intégration dans l'histoire de l'art les rendent tout de même un peu parent..."

Introduction à "Nous n'avons rien découvert : Intrusion dans le champ de l'histoire de l'art", par Aline Seconde dans AnART, graffitis, graffs et tags , Les éditeurs libres, 2006.

Photo : Roland Bargeon pour AnART, graffitis, graffs et tags .

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